Hôpital ou enfer ? Une vidéo choque l’opinion en RDC
Une scène choquante fait actuellement le tour des réseaux sociaux. Une femme, nue, en pleine souffrance après son accouchement, subit des gestes médicaux douloureux sans anesthésie, accompagnés de propos humiliants et d’une pression pour recevoir des soins malgré son refus.
La vidéo, publiée dans la nuit du 25 mars 2026, provient de l’Hôpital Général de Référence (HGR) de Kinkole, dans la zone de santé de la N’sele, au sud-est de Kinshasa.
On y voit une patiente en hémorragie subir une suture après une épisiotomie. Incapable de supporter la douleur, elle refuse la poursuite du traitement. Sa détresse est visible, sa voix tremblante :
*« Nako mela kisi eko kata nga makila »* (Je vais prendre des médicaments pour arrêter le saignement). Dit-elle en Lingala
Face à son refus, le médecin, visiblement agacé, lui donne un ultimatum pour remonter sur le lit. Dans la vidéo, des personnes présentes rient, filment la scène et lancent des propos tels que : *« Laisse-toi aller », « Ferme la bouche ».*
Le médecin demande lui-même que la scène soit filmée afin de se protéger en cas de complication, affirmant que la patiente refuse les soins. Des propos violents sont également entendus :
*« Tu es partie tomber enceinte pour faire souffrir les gens ? »* dit le médecin
Quelques heures plus tard, dans la matinée du 26 mars 2026, la vidéo devient virale, suscitant indignation et condamnation à travers le pays.
Plusieurs réactions officielles suivent, notamment de la Première dame, du ministère de la Santé, du ministère des Droits humains, ainsi que de nombreux professionnels de santé et activistes.
*« De tels faits ne peuvent laisser personne indifférent. Je les condamne avec la plus grande fermeté, tant ils portent atteinte à la dignité humaine et violent les droits les plus fondamentaux d’une femme en situation de grande vulnérabilité »,* déclare la Première dame sur sa page Facebook.
De son côté, le ministère des Droits humains indique que le lieu et les auteurs présumés sont identifiés. Le ministre provincial de la Santé présente ses excuses au nom du corps médical de Kinshasa, tout en précisant que le médecin concerné est en cours d’audition.
Au niveau national, le ministre de la Santé instruit son arrestation, rappelant qu’un professionnel de santé n’a pas le droit de filmer un patient, quelle que soit la situation, et qu’il a pour mission de protéger et d’assister.
*« Il est en cours d’audition et sera arrêté. Au niveau de l’Ordre des médecins, nous plaidons pour sa radiation, car cela jette le discrédit sur toute la profession »*, déclare le ministre provincial de la Santé, le Dr Patricien Gongo.
Pour de nombreux acteurs de la société civile et professionnels de santé, ces faits constituent une violation grave des droits humains et de la dignité des femmes.
*« Aucun professionnel de santé ne peut humilier, violenter ou exposer une femme en situation de vulnérabilité. Nous exigeons que la lumière soit faite, que justice soit rendue et que l’impunité cesse »*, affirme le Dr Patrick Cibangu, médecin et activiste des droits en santé sexuelle et reproductive.
Ce cas relance le débat sur les violences obstétricales en RDC. Déjà en septembre 2023, une victime, Evelyne Hagu, a alerté les ONG et les médias sur ces pratiques lors d’un entretien avec l’ACP.
La RDC figure parmi les pays ayant un taux élevé de mortalité maternelle, estimé à environ 547 décès pour 100 000 naissances vivantes. En 2022, près de 6 995 décès maternels sont enregistrés, selon un communiqué publié par l’UNICEF fin 2023.
Face à cette situation, le programme de Couverture Sanitaire Universelle (CSU) vise à garantir l’accès aux soins, la qualité des services et la protection financière. Cependant, des incidents comme celui-ci montrent que des efforts restent à fournir pour assurer des soins respectueux et dignes aux femmes.
Christine Folo

