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RDC : Une serviette hygiénique contre l’avenir de Marie

Marie, 13 ans, vit dans un petit village du Maniema, en RDC. Chaque mois, lorsque ses règles arrivent, elle arrête d’aller à l’école. Faute de serviettes hygiéniques, elle reste à la maison et se voit contrainte d’utiliser de vieux tissus. Son rêve de devenir enseignante s’éloigne un peu plus à chaque absence. Elle dit qu’elle ne voit pas comment elle pourra un jour surmonter cette situation.

Une étude de Plan International menée en Ouganda et en Indonésie en 2018, par exemple, a révélé qu’environ la moitié des adolescentes ne vont pas à l’école pendant leurs règles, ce qui leur fait manquer jusqu’à 24 jours d’école par an. Selon un article de l’UNESCO de 2011, certains ont estimé qu’au maximum, les filles pourraient manquer jusqu’à 10 à 20 % des jours d’école à cause des règles. Et c’est le cas de Marie au Maniema.

Dans cette région rurale, les familles vivent principalement de l’agriculture. Acheter des serviettes hygiéniques est un luxe inaccessible. L’argent qui pourrait servir à en acheter est prioritairement utilisé pour nourrir la famille ou répondre à d’autres besoins urgents, car une serviette jetable coûte 5 000 à 6 000 FC. En 2022, selon la Banque mondiale, près de 62 % des Congolais, soit environ 60 millions de personnes, vivaient avec moins de 2,15 dollars par jour. Voilà la source de la persistance de la pauvreté menstruelle en RDC, et particulièrement au Maniema.

Alors, Marie préfère rester à la maison. Elle utilise des morceaux de pagnes usés laissés par sa mère. Elle craint surtout d’être moquée à l’école si ses habits se tachent. Cette peur et cette honte la frustrent, car il suffirait d’une simple serviette hygiénique pour lui permettre de poursuivre ses cours sans interruption. Selon le Journal of Cancer Research and Therapeutics de 2023, de mauvaises pratiques d’hygiène menstruelle, comme l’utilisation de vieux tissus comme c’est le cas de Marie constituent des facteurs de risque importants de cancer du col de l’utérus.

Au Maniema, de nombreuses filles vivent la même réalité. Chaque mois, elles sont confrontées à un dilemme : manger à leur faim ou se procurer des serviettes hygiéniques. La pauvreté persistante et le coût élevé des produits menstruels les privent d’un droit essentiel : la dignité et la santé. Selon un article mondial de l’UNICEF et de l’OMS de 2024, les protections menstruelles ne sont pas toujours facilement accessibles, et beaucoup n’ont pas les moyens de se les procurer. En Afrique subsaharienne, par exemple, seule une école sur huit (soit 12 %) fournit des protections menstruelles gratuitement ou à l’achat.

Ce choix forcé a des conséquences directes : décrochage scolaire, infections, développement de bactéries dans le vagin entraînant des infections des voies génitales et urinaires, voire une infertilité, cancer du col de l’utérus, perte de confiance en soi et fragilisation de la santé des jeunes filles et des femmes.

Rendre les serviettes hygiéniques accessibles qu’elles soient jetables ou réutilisables dans tous les coins de la RDC, même les plus reculés, par une réduction de leur coût ou grâce à des programmes de distribution adaptés aux zones rurales, serait une solution qui changerait la vie de milliers de filles comme Marie et permettrait le développement de leur communauté. Lors d’une enquête terrain menée auprès de 10 filles dans la communauté de Marie, 9 sur 10 n’utilisent pas les serviettes appropriées lors de leurs menstruations.

Christine Folo

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