RDC : Selon plusieurs observateurs et analystes, « l’état de siège est un échec cuisant en Ituri et au Nord-Kivu »
Décrété en mai 2021 par ordonnance présidentielle, l’état de siège au Nord-Kivu et en Ituri est un échec selon plusieurs observateurs et analystes depuis ses trois ans, où les attaques des groupes armés n’ont pas diminué et le nombre des victimes civiles et des déplacés est en constante augmentation.
L’état de siège était une des mesures phares du président Félix Tshisekedi pour restaurer l’autorité de l’Etat et ramener la paix dans la partie Est du Congo. Trois ans plus tard, l’état de siège instauré en Ituri et au Nord-Kivu, deux provinces en proie aux groupes armés, n’a eu aucun effet sur l’insécurité endémique qui règne dans ces régions bientôt 30 ans. Censée intensifier les opérations militaires pour éradiquer la centaine de groupes armés qui pullulent dans la zone, cette mesure exceptionnelle a même réussi l’exploit d’obtenir le résultat inverse, où l’on note une augmentation de nombre de morts.
Dans le Nord-Kivu par exemple, les groupes armés, comme les ADF alliés à l’Etat islamique, ont élargi leur zone d’influence devant les offensives de l’armée congolaise. Pire, la rébellion du M23, en sommeil depuis 10 ans, s’est subitement réveillée en plein état de siège et s’est emparée de nombreuses localités du Nord-Kivu sans que l’armée congolaise ne réussisse à prendre le dessus. Résultat, la situation humanitaire s’est fortement dégradée. Plus de 2 millions de personnes ont été déplacées de force depuis 2021, selon les chiffres de l’ONU.
Durant trois ans de l’état de siège, la situation sécuritaire s’est constamment détériorée, alors que celui-ci était activé, pour palier aux faiblesses des autorités civiles. Sans résultat sur le terrain militaire, l’état de siège a, par contre, fortement augmenté les restrictions de liberté en Ituri et au Nord-Kivu. Les autorités civiles politiques et judiciaires ont cédé la place aux militaires, déjà en échec dans leur propre domaine de compétence.
En Ituri, la situation sécuritaire reste chaotique, le coordonnateur de la société civile indique qu’aucune avancée significative n’a été enregistrée depuis 3 ans.
Les groupes armés locaux actifs signataires d’acte d’engagement de cessation des hostilités n’ont pas respecté leurs différents accords de paix.
Les miliciens de la CODECO très actifs dans le territoire de Djugu depuis 2017, continuent à contrôler plusieurs localités dans cette partie de la province malgré les opérations militaires lancées contre eux.
Cependant, d’autres groupes armés comme, l’autodéfense des communautés victimes, MAPI, FRPI, FPI et Chini ya Tuna semblent respecter leurs actes d’engagement hormis les cas isolés de bavures de ces groupes armés.
«L’état de siège a été décrété pour mettre fin aux hostilités dans les provinces de l’Ituri et Nord-Kivu. Vous allez vous rendre compte avec nous que depuis l’état de siège a été décrété, les populations demeurent dans des sites des déplacés car aucun site n’a été fermé voir aucun groupe armé n’a été neutralisé en Ituri, mais il y a eu naissance de certains groupes armés qui jadis n’existaient pas, cela prouve qu’aucune avancée significative sur le plan sécuritaire n’a été enregistrée durant ces trois ans», a laissé entendre Dieudonné Lossa.
Le 06 mai 2021, la population de l’Ituri a appris la décision provenant du pouvoir central. Du coup, elle était persuadée que la mesure prise lui permettra finalement de « fumer le calumet de la paix » après plus de 2 décennies de guerre. Malheureusement, très vite, l’espoir de ces citoyens s’évapore sur fond d’une série d’attaques meurtrières : des tueries s’accroissent, des incursions s’enchaînent, des incendies des véhicules. Désespérés et sans défense, des habitants des régions en proie aux massacres dénoncent les limites de l’état de siège et exigent de Kinshasa une autre voie de sortie.
L’arrivée du Ministère de la défense Jean-Pierre Bemba à Bunia au mois d’avril dernier a suscité beaucoup d’espoir avec la signature d’un nouveau accord de paix avec certains groupes armés actifs en Ituri.
Depuis des mois, le maintien de cette mesure est vivement critiqué par des militants des droits de l’Homme et les activistes des mouvements citoyens qui estiment qu’elle n’a pas réussi à stopper les violences.
Le 16 octobre 2023, le Chef de l’Etat, Félix Tshisekedi Tshilombo avait assoupli l’état de siège avec un dispositif transitoire qui consiste au rétablissement de l’autorité civile dans les entités territoriales décentralisées et déconcentrées qui sont déjà sécurisées et sous contrôle des Forces armées de la RDC. Ceci implique la levée des restrictions constitutionnelles des citoyens, notamment la libre circulation des personnes et de leurs biens en mettant fin au couvre-feu, la liberté de manifestation pacifique et de réunion, une mesure non appliquée jusqu’à présent.
Héritier Ramazani

